Le Carrefour des Carrières au Féminin : retour sur la soirée du 29 novembre

L’association FEmmes EgaliTé Emploi – FETE – œuvre au quotidien pour la promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes depuis 28 ans en Bourgogne, et depuis peu en Franche-Comté. Elle travaille notamment sur la thématique de la mixité professionnelle pour faciliter l’accès des femmes à tous les domaines d’activité.

Sophie Lavisse, chargée de mission FETE, a organisé, comme tous les ans, Le Carrefour des Carrières au Féminin qui s’est tenu le 29 novembre au Palais Ducal à Nevers.

Bonjour
Sophie, quel est cet évènement organisé tous les ans par FETE ?

Le Carrefour des Carrières au Féminin est un forum métiers que nous organisons depuis de nombreuses années. Cette année est la 14ème édition dans la Nièvre.

C’est un forum métiers qui
s’adresse aux collégiennes et aux lycéennes principalement mais il peut
également intéresser des étudiantes ou des femmes qui veulent se reconvertir.

L’objectif c’est de leur faire rencontrer des professionnELLES qui exercent un métier encore peu féminisé dans des secteurs comme l’industrie, les nouvelles technologies, le bâtiment, l’agriculture, le transport et la logistique ou encore la sécurité.

Pourquoi un tel concept ?

Les femmes sont aujourd’hui à part quasi égales dans la
population active mais la ségrégation professionnelle reste la règle puisque la
moitié des femmes se concentrent une dizaine de familles professionnelles sur
86. Par comparaison, la moitié
de l’emploi masculin est réparti dans plus de 20 familles.  

Il y a une concentration de l’emploi féminin et une
diversification de l’emploi masculin.

Les femmes sont sur-représentées dans les métiers de la petite
enfance, des services à la personne, des soins (aide – soignantes, infirmières,
sage – femmes), de la vente, de l’administratif, du social, de l’enseignement,
de l’esthétique, de l’entretien.

Seulement 15% des travailleurs exercent un métier mixte
c’est-à-dire un métier qui comporte une répartition femmes hommes située dans
une fourchette entre 40% et 60%.

Elles
sont encore peu présentes dans des secteurs comme l’industrie, le transport/logistique,
le BTP, les nouvelles technologies, le numérique, les métiers de la sécurité et
sur tous les postes à responsabilité.

Avez-vous constaté des évolutions ?

Oui il y a une évolution puisque l’on voit désormais ici et
là dans les entreprises quelques femmes où il n’y en avait pas auparavant. Le
nombre de domaines mixtes était de 6 dans les années 80 et il est maintenant de
15.

Prenons quelques exemples sur une période de 30 ans entre
1984 et 2014 :

Dans l’industrie de process, on est passé de 24% de femmes
à 30% ; dans le BTP de 1% à 6% ; dans la mécanique et le travail des
métaux de 9% à 12%.

Et parallèlement des secteurs déjà très féminisés ont vu
leur effectif de femmes augmenter : la santé, l’action sociale + 6% de
femmes ; la communication + 11% ; la banque et les assurances + 13% ;
la coiffure et l’esthétique + 12%

4 professions concentrent 20% de l’emploi
féminin : les aides – soignants et infirmiers : 90% ; les
assistants maternels et les aides à domicile : 95%.

Et dans certains domaines, non seulement on ne progresse pas
mais on régresse : c’est le cas de l’agriculture qui a perdu 10% de femmes
ou encore l’informatique avec – 11% de femmes.

Comment expliquez-vous cette situation ?

Le poids des stéréotypes que l’on
retrouve chez les jeunes filles, les parents, les enseignants, les acteurs de
la chaîne de l’emploi et qui sont véhiculés parfois inconsciemment.

Certains préjugés sont ancrés au sein de la famille et de la société :
les parents ou les enseignants leur déconseillent souvent de suivre une
formation trop technique, qui déboucherait sur des professions
traditionnellement masculines, où la présence des femmes n’est pas encore
complètement acceptée.

Ces
idées reçues, véhiculées par tout un chacun, conditionnent les choix
d’orientation des filles et des garçons et pèsent lourdement sur l’accès des
femmes à certains domaines d’activités.

Les stéréotypes en cause et puis…

L’attitude des jeunes filles elles-mêmes
qui sont réticentes car elles n’ont pas toujours confiance en leurs propres
capacités pour un choix non conventionnel.

Une absence de visibilité et des représentations approximatives, voire
erronées, de certains métiers.

Pourquoi conseillez-vous aux jeunes filles de s’orienter
vers ces filières dites masculines
 ?

Le
choix d’un métier peu féminisé améliore
très sensiblement les conditions d’insertion professionnelle des femmes et
cela, dès le premier emploi.

Exemple : chaque année,
une centaine de jeunes filles s’aventurent en Bourgogne dans ces formations
techniques comme la mécanique, l’électricité, le bâtiment et elles accèdent
plus rapidement à un premier emploi.

 Si la formation des jeunes filles suit
l’évolution des activités et intègre les dimensions nouvelles introduites par
le développement de la technologie ou des sciences, elles ne seront pas à
l’écart des transformations techniques, des qualifications requises et des
responsabilités qui s’y rattachent.

Dans ces secteurs, et sur ces postes, la possibilité d’évoluer est plus importante; Les salaires sont plus élevés. Dès lors, il est important d’infléchir l’image des professions pour changer les représentations. C’est dans ce cadre qu’est organisé le Carrefour des Carrières au Féminin. Le Carrefour des Carrières au Féminin tente de palier à ce problème de non-diversification de l’orientation des filles.

Les Objectifs du CCF sont clairs :

>Changer les représentations sur des métiers, porteurs de débouchés mais identifiés comme masculins, donc peu accessibles a priori aux femmes.

>Fournir des possibilités d’identification indispensables pour se projeter concrètement dans un avenir professionnel.

>Montrer que d’autres métiers sont possibles pour les femmes, à susciter la curiosité et bien sûr, à faire naître des vocations.

>Donner une confiance en soi aux visiteuses, à leur fournir des exemples de réussites professionnelles réalisables, proches de leurs possibilités.

Quel bilan pouvez-vous nous donner pour
cette édition 2019 ?

Vendredi dernier, 50 professionnelles ont reçu 220
visiteurs : des parents, des jeunes filles et des demandeuses d’emploi.

L’information a été envoyée dans les établissements
scolaires, sur les réseaux sociaux et par le biais des affiches dans les
principaux lieux d’accueil du public.

C’était l’occasion, pour ces visiteurs.euses, de découvrir
des métiers et celles qui les exercent. Les échanges permettent aux jeunes filles
de se projeter dans des univers mal ou méconnus comme ceux de l’industrie, des
transports ou de l’armée.

Quelques exemples de secteurs professionnels représentés :

Le BTP :
Courtière en travaux et décoratrice d’intérieur, Animatrice qualité sécurité
environnement BTP, Technicienne de laboratoire BTP

La sécurité, défense : Adjointe au chef du centre de préparation militaire, Commandant divisionnaire de la Police Nationale, Surveillante pénitentiaire

Transport
logistique : Cariste Magasinière, Responsable d’exploitation logistique, Conductrice
de trains

L’Industrie :
Opératrice de contrôle non destructif, Ouvrière en usinage, Menuisière et
technicienne de maintenance, Soudeuse, Technicienne de laboratoire
métallurgique, Responsable production, Ingénieure Qualité, Ingénieure process, Responsable
Qualité Fonderie, Dirigeante de proximité Maintenance matériel urbain, Dirigeante
de proximité Aménagement intérieur ferroviaire

Nouvelles
technologies : Cheffe de projets Systèmes d’information Géographiques, Développeuses
informatique, Graphiste, Consultante en Marketing et Communication Digitale

Et d’autres métiers :
Médecin urgentiste, Prothésiste dentaire, Administratrice d’immeubles Gestion
locative, Huissière de justice, Gérante d’entreprise et responsable commerciale,
Régisseuse générale et technicienne de spectacle

Dans la Nièvre, ces métiers méritent d’être mis en avant
parce que les entreprises locales recrutent et cela permet aussi de constater
la diversité des possibles pour les femmes dans le champ de l’emploi.

Cette manifestation est organisée par FETE avec l’appui de l’Education Nationale, les CIO, la délégation départementale aux droits des femmes et à l’égalité, la Chambre de métier, l’UIMM-MEDEF, le BIJ, la maison de l’emploi et de la formation de la Nièvre.