[Interview] Femmes Égalité Emploi

Sophie LAVISSE est la chargée de mission de l’association Femmes Égalité Emploi pour la Nièvre. Elle a accepté de répondre à nos questions pour nous présenter ses missions et la structure pour laquelle elle travaille.

Pouvez-vous nous présenter ce qu’est Femmes Égalité Emploi ? Quelles sont vos missions ?

Femmes Égalité Emploi est une structure qui œuvre pour faire progresser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. FETE c’est en fait deux entités : une Société Coopérative d’Intérêt Collectif et une association.

La SCIC mène un travail d’accompagnement de sections syndicales d’entreprise avant, pendant ou après leur négociations sur l’égalité professionnelle. Cela se fait gratuitement dans les régions Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est et Haut-de-France. En parallèle, les chargées de projet interviennent au sein des organisations syndicales pour informer et outiller leurs adhérents.e.s sur cette thématique.

L’association elle, mène des actions diverses et variées auprès des acteurs de la chaîne de l’emploi, des femmes, des jeunes, du grand public pour faire évoluer les mentalités, déconstruire les stéréotypes et défaire la discrimination.

Depuis quand existez-vous en France et dans la Nièvre ?

FETE existe depuis 28 ans : c’était à l’époque une association qui n’avait qu’une salariée. Elle est née sous l’impulsion d’enseignantes qui souhaitaient apporter de l’aide à des jeunes femmes diplômées dans le tertiaire et qui ne trouvaient pas d’emploi. Le premier projet a donc été d’accompagner des jeunes femmes dans une démarche de reconversion dans un métier peu féminisé. Aujourd’hui, nous menons de multiples projets et nous sommes 13 salariées. Le bureau de la Nièvre a lui ouvert fin 2009.

Que peut-on dire de la mixité et de l’égalité professionnelles dans la Nièvre ?

Et bien comme partout ailleurs, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir… malgré un intérêt de plus en plus porté à la question : des lois et un gros travail mené par des structures diverses un peu partout. En fait, d’un côté, beaucoup de projets sont réalisés pour améliorer la situation et d’un autre côté on sent une résistance, une persistance des stéréotypes qui fait que non seulement on peine à avancer mais on pourrait rapidement reculer…

Mais il faut rester positif et optimiste, même si les évolutions sont lentes et même si des inégalités importantes perdurent. Il faut savoir par exemple que 55% des bas salaires sont des salaires touchés par des femmes. Pourquoi ? Parce qu’elles sont concentrées dans le tertiaire, sur des emplois non qualifiés, très souvent à temps partiel.

Donc il y a un gros travail à faire sur la diversification de l’emploi féminin car aujourd’hui 50% des femmes actives sont concentrées sur une quinzaine de métiers : la petite enfance, l’entretien, la vente, les services aux personnes, la santé, l’administratif… Et cela a des conséquences très graves quand on sait qu’en 2017 la pauvreté touchait en France environ 7% des travailleuses, un chiffre en augmentation depuis 10 ans.

Il y a-t-il des secteurs d’activité « bons élèves » ou d’autres non ? Pourquoi selon vous?

Il n’y a pas de bons ou mauvais élèves dans le sens où on constate tout de même des évolutions dans l’ensemble des secteurs d’activité, même si parfois elles restent minimes.

Prenons quelques exemples de ces 10 dernières années : les femmes cadres commerciaux et technico-commerciaux : +9%; +7% dans la recherche ; idem pour la maintenance industrielle ; pour les cadres du BTP, + 8% ; dans l’armée, la police, les pompiers, on constate une hausse de 8% également. Mais dans le même temps, les emplois très féminisées le restent…

Alors pourquoi faudra-t-il encore des dizaines d’années pour que l’on constate un changement significatif ? Parce que les représentations sont toujours fortement ancrées, intégrées dès le plus jeune âge et véhiculées, souvent inconsciemment par tous.

Concrètement quel type d’actions mettez-vous en place ?

Nous menons différentes actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement autour de la déconstruction des stéréotypes et de la lutte contre les discrimination. Par exemple, nous organisons des rencontres entre des jeunes filles et des femmes qui exercent des métiers encore peu féminisés afin qu’elles puissent élargir leurs horizons professionnels. Nous travaillons également avec les équipes pédagogiques et des élèves dans les lycées pour les sensibiliser aux enjeux de l’égalité professionnelle via le montage de projets comme la réalisation d’affiches, de pièces de théâtre, le décryptage de publicités sexistes… Nous proposons des ateliers de sensibilisation aux recruteurs pour lutter contre les discriminations vers et dans l’emploi.

Nous créons également des outils : DVD, théâtre débat, expositions, campagne radiophonique… qui nous permettent de proposer des ateliers de sensibilisation aux femmes, aux acteurs de la chaîne d’emploi.

Peut-on venir vous rencontrer si l’on a des questions ?

Oui bien sûr ! Je suis à disposition de toute personne qui souhaite des infirmations, des idées pour un projet. Plus particulièrement, je propose un accompagnement individualisé aux femmes qui souhaitent se reconvertir dans un domaine peu féminisé. Nous menons depuis 2014 un gros travail sur les discriminations dont les femmes sont victimes dans le domaine de l’emploi et nous avons ouvert en 2017 un Point Écoute. Il s’agit de recueillir la parole, d’analyser la situation vécue par la personne, de lui apporter des informations sur ses droits, de l’aide dans des démarches et de l’orienter vers des professionnels adéquats. Ces 2 services sont gratuits et sur rendez-vous.

 

Femmes Egalité Emploi organise un atelier d’information et de sensibilisation sur le thème « Du stéréotype à la discrimination : recruter en toute objectivité ». Si vous êtes intéressés, rendez-vous le mardi 18 juin de 14 à 16H30 dans les locaux de la DIRECCTE, 11 rue Pierre Emile Gaspart à Nevers. Pour vous inscrire, contactez Sophie LAVISSE au 06.20.82.21.15 ou s.lavisse@fete-egalite.org